Le calme ne revient pas vraiment autour de nous, la population continue de fuir la scène du combat. Les maisons brûlent, les bâtiments sont détruits, c’est le chaos dans le village. On aide les gens à droite ou à gauche selon les urgences qui se présentent. Aedan entend les cris d’une femme, qui proviennent d’une maison à moitié affaissée. L’entrée est bouchée de lourds gravats et la seule fenêtre est trop petite pour passer. Il monte sur le toit effondré et extirpe d’abord le jeune enfant du bâtiment en ruine, le met en sûreté, et alors qu’il se dirige pour récupérer sa mère, un craquement se fait entendre et une poutre s’effondre sur la femme, lui écrasant la jambe. Aedan se laisse tomber au sol, et soulève la poutre pour libérer la femme, puis l’aide à se hisser sur le toit. De mon côté, je me précipite vers un bâtiment qui a pris feu. Les villageois font ce qu’ils peuvent pour éteindre le feu et pensent qu’il y a encore du monde à l’intérieur. Sans réfléchir, je me précipite à travers le rideau de flammes en comptant sur ma vitesse pour rester le moins longtemps possible dans la maison. Recroquevillés sous une couverture au fond de la maison, se trouvent 3 personnes, deux adultes et un enfant. Je saisis l’enfant sous le bras, jette l’un des adultes sur mon épaule, ordonne au troisième de saisir l’arrière de mon manteau pour ne pas se perdre dans la fumée, puis me précipite vers la sortie avec eux et parviens à les faire sortir à moindre mal. Maeldryss repère un adolescent qui hurle que son chat est resté dans l’une des maisons en flammes, avant de s’y précipiter. Elle réinvoque Irys et l’envoie en éclaireur, malgré les protestations du familier. Guidée par les yeux de sa chouette, Maeldryss tire le jeune homme hors du bâtiment. Il est sain et sauf, mais inconsolable. Elle s’insère ensuite dans la file de villageois qui amène des seaux d’eau pour éteindre le feu, mais elle peine à suivre, n’étant pas très physique. Durdwyn de son côté établit un hôpital de fortune, organise la prise en charge des blessés et soigne lui-même les plus gravement atteints.
Elowen, Thavian et deux ou trois autres Veilleurs du Reflet arrivent alors à Chantebrûme, découvrent le corps de l’hydre, puis s’approchent de nous. Ils nous demandent si on sait d’où est venu l’Hydre, mais hormis la présence d’un lac à proximité, qui offre une surface réfléchissante suffisamment grande pour faire sortir la créature d’un monde-miroir, nous n’avons pas d’autres pistes. Elowen s’approche d’une maison, incante une formule, et une énorme masse d’eau apparaît et s’abat sur le bâtiment, éteignant les flammes. Ils pensent que c’est malheureusement un accident, une apparition de portail spontanée. À leur connaissance, à part des artefacts très anciens comme le miroir que nous avons apporté et qui ont un fonctionnement particulier, personne ne sait créer de portail. Nous décidons d’aller voir le lac par acquit de conscience et constatons effectivement des traces de pas correspondant à l’Hydre. Maeldryss repère également des plus petites traces de pas, à taille humaine, côte à côte avec celles de la bête. Non loin, un coin d’une feuille déchirée est aussi retrouvé par terre, avec juste quelques bribes de texte restantes : “Éveillés… test hydre… S.D.” Les initiales nous font penser à Solomon Dérégor. Est-ce lui qui poursuit ses expériences et détiendrait le portail ? On tente de suivre les traces de pas, qui vont vers le nord, mais on perd la piste rapidement. Thavian nous explique que les failles émettent normalement de l’énergie, ce qui leur permet de détecter l’arrivée potentielle de créatures. Les archivistes sont également chargés de cette détection. On retourne alors à Chantebrûme, où nous passons le reste de la journée à aider les villageois, rejoints au cours de la journée par d’autres Veilleurs du Reflet.
Nous rentrons à la Forteresse des Voiles, tard le soir, épuisés par cette longue journée. Nous avons cette fois fait le trajet à pied, et avons découvert que la forteresse était protégée par une illusion dans la montagne, qui cache la vallée isolée dans laquelle elle se trouve. Dans la salle commune, Valysara attend dans un fauteuil. Elle nous félicite pour nos exploits avec l’Hydre et discute avec les autres piliers de tout ce qu’il reste à faire, notamment se débarrasser du corps de l’Hydre. Je demande à Elowen si les archivistes peuvent rassembler toutes les informations disponibles sur Solomon Dérégor et ses activités, et nous les transmettre. On va ensuite se coucher, épuisés et faisons une longue nuit de sommeil.
Les quelques jours suivant ces évènements sont plutôt calmes, Maeldryss récupère la dague qu’elle avait fait forger par Borik, une jolie lame en ivoire. De mon côté, j’essaie de discuter avec Elowen et j’ai un peu l’impression qu’elle m’esquive concernant Solomon Dérégor, je finis par m’énerver un peu. Durdwyn, lui, accompagne Elowen lors de ses fréquents déplacements à Chantebrûme et en profite pour y acheter de la bière, et Aedan passe son temps entre la salle d’entrainement et les archives à faire d’obscures recherches. Il parcourt assidûment le livre intitulé “Dynasties de Hautemarche” probablement à la recherche d’informations sur sa famille.
Au bout de 3 jours, nous sommes convoqués dans les appartements privés de Sereniel, décorés sobrement, mais bien ameublés. Valysara est présente également. Il nous remercie pour nos actions contre l’Hydre de Chantebrûme, bien que nous soyons de récentes recrues. Il nous explique qu’il voulait nous faire passer des essais dans les différentes familles des Veilleurs du Reflet, mais que ce plan va devoir attendre car ils ont un problème plus urgent qui demande notre contribution. Beaucoup de failles sont apparues au nord de Hautemarche non loin du Domaine de Gardeval, et une équipe de gardiens, dont Gromak, ainsi qu’une équipe d’explorateurs y ont été envoyées, et ils sont sans nouvelles depuis. C’est très étonnant de la part du pilier des gardiens de ne pas donner de nouvelles, et il faudrait que l’on aille enquêter. Une activité d’énergie de faille très étrange avait été détectée sur une zone assez vaste ; c’est pourquoi ils y avaient envoyé Gromak tout particulièrement. Selon leurs dernières nouvelles, le groupe se trouvait à Gardeval, à l’auberge du Grillon Enchanté, dont la tenancière est une veilleuse silencieuse. Dès qu’il a entendu le nom de Gardeval, Aedan s’est tendu comme un arc, et a fini par sortir de la pièce sans dire un mot. Ils ne vont pas pouvoir nous téléporter à Gardeval cette fois, car le domaine a des règles assez strictes sur la magie, comme partout dans l’Empire Minéen, mais ces règles y sont tout particulièrement respectées. Par exemple les pratiquants de magie sont censés s’enregistrer et être issus d’écoles bien connues. C’est inquiétant pour Maeldryss qui n’a pas l’air de rentrer dans ce moule. En conséquence, ils ne peuvent pas faire apparaître un cercle de téléportation en plein milieu du domaine sans craindre de s’attirer des ennuis ou du moins une attention non souhaitée. Ils vont nous téléporter à proximité, et nous finirons le trajet à pied. Avant qu’on s’éclipse, Valysara prend Maeldryss à part et lui donne un insigne de l’Académie d’Ensorceleurs, l’Archascholia, représentant une étoile à 8 branches au centre de laquelle se trouve un œil, afin qu’elle puisse prétendre en être issue, à condition qu’elle n’utilise pas ses sorts de sorcière en public, la sorcellerie étant une magie interdite. Elle devra en plus se déclarer en arrivant dans la ville, en mentant évidemment sur sa pratique.
Une fois que nous sommes partis, Valysara va chercher Aedan afin de comprendre pourquoi il était en colère. Il se plaint qu’après tant de secrets sur les Veilleurs du Reflet, nous soyons maintenant missionnés, comme par hasard, pour sauver Gromak, l’un des meilleurs d’entre eux ; il trouve étrange qu’une telle confiance nous soit accordée en si peu de temps. Valysara le rassure et lui explique que nous n’avons rien de débutants, que nous avons fait nos preuves, et que nous sommes aujourd’hui l’équipe la plus performante qui est disponible. Aedan accuse Valysara de ne pas l’envoyer à Gardeval par hasard, puisqu’elle a vu sa lettre. Elle reconnait qu’il y a peut-être un lien, mais que la décision ne vient pas d’elle et donc qu’elle n’en sait rien. Aedan accuse ensuite les Veilleurs du Reflet de savoir plus de choses qu’ils le prétendent, notamment au vu du réalisme et de la précision des épreuves quant au passé de chacun d’entre nous. Elle rétorque que personne ne sait ce que sont les épreuves, et que c’est une magie qui les dépasse, comme si la Forteresse des Voiles avait elle-même un moyen de se protéger contre les membres mal intentionnés. Aedan l’interroge ensuite pour savoir s’il y a des liens entre Gardeval et les Veilleurs du Reflet, mais elle répond que non, si ce n’est que certains veilleurs en sont originaires.
Aedan nous rejoint ensuite dans le réfectoire, et nous dit qu’il a quelque chose à nous avouer, et il nous montre la lettre de son mentor, qui lui recommande de se rendre à Gardeval pour en apprendre plus sur la famille Cousland. Je connaissais déjà cette lettre, il me l’avait partagée, mais Maeldryss et Durdwyn la lisent pour la première fois. Ils n’ont pas l’air très troublés. “Aedan, Il y a des vérités qui pèsent plus lourd qu’une épée et des secrets que le monde n’est pas prêt à porter. Certains de ces fardeaux sont choisis, d’autres nous sont imposés. Je crains malheureusement que le tien n’appartienne à la deuxième catégorie. Ton regard est peut-être tourné vers des batailles visibles, mais sache que les combats les plus dangereux se jouent souvent dans les ombres, là où peu osent poser le pied. Dans les profondeurs obscures, il existe des clés et des portes, des chemins reliant les mondes et des objets qui manipulent plus que la matière. Un tel objet repose sous tes pieds, une promesse non tenue que tes parents ont pourtant juré de défendre. En temps voulu, il sera de ta responsabilité de décider ce que le monde devra connaître, et ce qu’il devra ignorer. Tous les chemins ne mènent pas à la lumière, Aedan, et certains choix laissent des cicatrices plus profondes que la chair. Rappelle-toi simplement: il n’y a pas de retour en arrière. Il est, en Hautemarche, un nom qui autrefois rimait avec pouvoir et qui aujourd’hui rime avec désespoir: Cousland. Honore ce nom. Regarde la lune Aedan, elle est le Miroir de tes doutes et le Reflet de ton héritage. Tu auras été ma rédemption et ma plus grande fierté. T.R.” La lettre est signée T.R. comme Tom Rainier, le criminel accusé d’avoir brûlé Gardeval. Aedan ignore pourquoi l’homme accusé d’avoir causé la mort de ses parents l’a pris sous son aile, il n’a d’ailleurs appris son vrai nom que lors de leur dernière mission ensemble. Il le connaissait avant sous le nom de Blackwall, et lorsqu’il lui a révélé son identité, Aedan a refusé de l’écouter davantage, ce qui, au cours de cette mission, a fini par causer sa mort. Il n’a plus rien d’autre de sa part que la lettre. Il nous dit qu’il ne veut pas que son lien personnel avec Gardeval mette en danger la mission, de notre côté, nous pensons qu’il devrait profiter de ce voyage pour explorer son passé, entouré de ses compagnons plutôt que seul.